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Quand les grands groupes coachent les PME Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail


En plein développement, les dispositifs « Plato » permettent à des patrons de PME de partager leurs expériences tout en bénéficiant des conseils de grands groupes.

Ce 6 octobre, on s'échange grands sourires, poignées de main et cartes de visite dans le Palais des congrès de Versailles où ont afflué de toute la France 300 patrons de PME-PMI. Leur point commun : ils sont tous membres du réseau « Plato ». La méthode Plato _ inventée en Belgique il y a quinze ans et importée en France en 1998 par EDF, soucieux de participer au développement territorial _ consiste à mettre à disposition des PME locales le savoir-faire des grandes entreprises pour « rompre leur isolement, leur apporter des réponses concrètes et renforcer leurs compétences ».

Concrètement, un groupe Plato comprend une quinzaine de dirigeants de PME qui se réunissent, deux ans durant et au moins une fois par mois, autour de trois cadres de grandes entreprises. Ces derniers prédéfinissent et animent les thèmes de discussions, qui vont de la gestion des hommes à l'analyse financière, en passant par le développement commercial. Ils font office, explique l'un d'entre eux, Pascal Zimmer, directeur communication de Pal (filtres industriels), « de coach, grand frère et oeil extérieur ».

En quelques années, le concept, repris et organisé par les chambres de commerce et d'industrie (CCI), a vite séduit les petits patrons, très demandeurs de soutien. Aujourd'hui, Plato France compte 1.500 PME et 150 grandes entreprises, réparties sur 20 départements. « J'y rencontre des patrons avec les mêmes problématiques que moi et qui m'apportent leur expérience. On peut réfléchir à plusieurs, alors qu'un patron de TPE est généralement seul face à ses questions et ses doutes », explique Jorge Martins, directeur d'Edisigne (6 salariés, communication) et membre de Plato Val-d'Oise. Ce dispositif lui permet d'entamer la constitution d'un réseau, d'échanger des tuyaux et, à l'occasion, de faire affaire. Mais l'essentiel est ailleurs, assure-t-il,, dans « le soutien » qu'il y trouve.

« Tous les petits patrons souffrent du syndrome de "la tête dans le guidon". On est obligé de se concentrer sur la production et la vente et on néglige souvent le management et la stratégie à moyen terme. D'autant qu'un patron de PME doit tout faire alors qu'il ne peut pas avoir toutes les compétences nécessaires à lui tout seul », explique Bruno Maillard, directeur de la société Alexandre (10 salariés, distribution de film de protection). Le rôle des coachs est alors essentiel. Au-delà de leurs expériences personnelles, ils peuvent faire bénéficier les participants de conseils précis en faisant intervenir des experts issus de leur propre entreprise (un membre de la DRH, un commercial, un juriste, etc.) ou des consultants partenaires des CCI. « J'ai ainsi accès à des expertises que je n'aurais pas su dénicher ou pas pu me payer », se réjouit Gérard Cassan, PDG des Confitures d'Andrésy (48 salariés), membre de Plato Val-de-Seine.

Pour les grandes entreprises partenaires, c'est l'occasion d'afficher « leur citoyenneté » et de renforcer leur lien avec leurs territoires d'implantation. « Pour comprendre le tissu local, il faut y prendre part activement. Et nous avons un intérêt direct à entretenir le dynamisme des PME, qui sont aussi nos clients », explique Nathalie Monceau, coach Plato dans le Val-d'Oise et responsable marketing chez France Télécom. « Les premières années, une PME se développe sans vraiment se structurer. Au bout d'un moment, elle arrive à un cap où elle a besoin d'aide pour consolider ses bases, élargir sa vision et anticiper les problèmes de demain. C'est cette phase cruciale que nos réunions m'aident à passer », insiste Jorge Martins.
Economiser du temps

Monter un business plan, entamer une diversification, trouver de nouveaux financements, bâtir une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, bien remplir un dossier d'appel d'offres, mener un entretien d'embauche... L'éventail des questions abordées lors des réunions témoigne de l'ampleur des questions qui se posent aux petits patrons. « En grandissant, ils s'inquiètent beaucoup de développer leur gestion des ressources humaines. Ils ont conscience que c'est essentiel mais ont du mal. C'est toujours un des chantiers qui leur apparaît le plus compliqué, et ils ont très peur de recruter. On essaie de les aider à se lancer sereinement et à devenir de vrais managers d'équipe », témoigne Pascal Zimmer (entreprise Pal), coach d'un groupe de PME des Yvelines.

« Je gagne du temps, ce qui est très précieux dans une PME. Un DRH est venu nous expliquer le droit individuel à la formation (DIF) et ses enjeux. C'était clair et j'ai économisé des mois de travail en partant tout de suite sur de bonnes bases », raconte Gérard Cassan (Confitures d'Andrésy). Au final, le succès de Plato vient sans doute du fait que les dirigeants de PME y obtiennent des réponses qu'ils ne trouvent pas ailleurs. Comme en témoigne un petit patron breton, « les avocats et les experts-comptables, qui sont les interlocuteurs traditionnels des PME, ne peuvent pas nous apporter de conseils vraiment liés à la conduite des affaires. Et cela fait longtemps que je n'attends plus des ANPE et autres administrations qu'elles me renseignent et me conseillent efficacement ! ».


DEREK PERROTTE
Les Echos n° 19516 du 10 Octobre 2005 (page 12)

Mots Clefs : COMPETENCES MANAGEMENT  

 
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